Dimanche, les critiques croissantes du pape Léon XIV contre la politique étrangère américaine ont fait déborder le vase chez le président Donald Trump. Sur Truth Social, M. Trump s’en est pris au souverain pontife dans son style caractéristique. « Le pape Léon est faible face à la criminalité et épouvantable en matière de politique étrangère », a lancé le président dans une tirade typiquement décousue. « Léon devrait être reconnaissant... Si je n’étais pas à la Maison-Blanche, il ne vivrait pas aujourd’hui au Vatican. »

Et plus loin : « Léon doit se ressaisir, retrouver son bon sens, prendre ses distances avec la gauche radicale et se concentrer sur son rôle de pape. » La publication de M. Trump a aussitôt été vivement critiquée par d’influents catholiques américains, et le pape lui-même n’est pas resté silencieux. « Je continuerai à m’exprimer haut et fort. »

« Je ne veux pas d’un pape qui critique le président des États-Unis. Je fais exactement ce pour quoi j’ai été élu », a écrit M. Trump dans son message. Il faisait notamment référence aux inquiétudes du pape concernant l’enlèvement du président vénézuélien Maduro par les États-Unis au début de l’année. Léon avait alors, lors de la messe dominicale, souligné en des termes on ne peut plus clairs l’importance de la souveraineté, des droits humains et de la coopération pacifique. Plus tôt, il avait aussi condamné explicitement les opérations migratoires de l’U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE).

Dans un premier temps, ces critiques ont pu passer sans réaction présidentielle, même si, selon plusieurs informations, des pressions étaient bel et bien exercées sur le Vatican depuis janvier par la Maison-Blanche et le Pentagone. La condamnation directe par Léon des opérations américaines au Moyen-Orient et de la rhétorique autour d’une possible destruction de la « civilisation iranienne » a définitivement ouvert les vannes. Mardi, le pape a qualifié de « totalement inacceptable » la menace de M. Trump à l’égard du peuple iranien, et de « contraire au droit international » de possibles bombardements d’infrastructures civiles.

Plusieurs cardinaux américains ont fait écho à cette inquiétude dans un entretien accordé à la chaîne CBS ce week-end. M. Trump ne veut rien savoir de leurs préoccupations : « Je ne veux pas d’un pape qui juge acceptable que l’Iran ait l’arme nucléaire. »

La sortie du président américain n’est pas inattendue, mais elle contraste fortement avec les tentatives antérieures de resserrer les liens avec le Vatican. L’administration Trump, avec en tête le converti J.D. Vance, a longtemps tenté de s’attirer les bonnes grâces du premier pape américain. Plus tard cette année, M. Vance publiera même un livre sur son entrée dans l’Église catholique.

En vain. Le pape Léon XIV, né à Chicago, avait auparavant décliné plutôt subtilement une invitation à se rendre à la Maison-Blanche et s’est surtout montré tout sauf MAGA dans sa politique de nomination. M. Vance, potentiel candidat à la présidentielle de 2028, avait qualifié l’Église dans de précédentes réactions de « plus grande que la politique », mais cette attitude conciliatrice semble aujourd’hui difficile à tenir.

Car M. Trump se soucie peu, voire pas du tout, d’éventuelles sensibilités religieuses ou considérations électorales. Selon le Pew Research Center, sur les quelque 53 millions de catholiques américains, 55 pour cent ont voté pour Trump lors des dernières élections. Il s’agissait surtout des « white catholics », soit environ 54 pour cent de l’ensemble de la population catholique américaine. Leurs coreligionnaires hispanophones, un groupe en expansion constante, penchent davantage vers les démocrates. Mais les évangéliques aussi éprouvent de la sympathie pour le pape. Ils sont un peu plus nombreux que les chrétiens catholiques et constituent traditionnellement un réservoir électoral républicain, sans être insensibles à l’autorité morale du pape.