Après plusieurs reports, c’est désormais chose faite : dans la nuit de jeudi à vendredi, le gouvernement De Wever a approuvé la loi-programme. En vertu de ce texte, les droits d’accise sur le gaz et le mazout augmenteront à partir du mois d’août, tandis que ceux sur l’électricité diminueront. La taxe sur les comptes-titres (les personnes qui détiennent plus d’un million d’euros sur un compte-titres paient aujourd’hui 0,3 pour cent) et la taxe sur les billets d’avion seront également relevées. Mais la mesure la plus commentée est sans aucun doute l’indexation en centimes.

Elle devait entrer en vigueur le 1er juin. Le calendrier est très serré, mais il semble tenable. Le roi, qui doit encore signer physiquement les lois avant leur publication au Moniteur belge, rentre samedi de son voyage à Harvard, aux États-Unis, où il a assisté à la cérémonie de remise de diplôme de sa fille, la princesse Elisabeth. Si tous les documents sont alors prêts sur son bureau, il pourra donc signer à temps.

L’indexation en centimes implique deux ajustements de l’indexation normale des salaires et des allocations : cette année, puis une nouvelle fois en 2028. Les fonctionnaires et les travailleurs salariés qui gagnent plus de 4.000 euros bruts par mois – ou les chômeurs et les pensionnés qui perçoivent plus de 2.000 euros – verront leur indexation réduite sur la tranche qui dépasse ce seuil.

Avec l’introduction de l’indexation en centimes, la Belgique se dote en tout cas d’un dispositif réglementaire complexe. La manière dont celui-ci influence les salaires varie d’un secteur à l’autre. L’entreprise de services RH SD Worx dit faire face à un « travail de titan » pour tout calculer correctement. « La Belgique compte plus de 150 secteurs, avec des sous-secteurs, chacun doté de ses propres systèmes, barèmes et souvent aussi de dérogations spécifiques au niveau de l’entreprise », explique Geert Vermeir, spécialiste juridique chez SD Worx. « La mise en œuvre de l’indexation en centimes touche donc au cœur du calcul des rémunérations. Il n’y a tout simplement aucune marge d’erreur. »

Dans ce cas, la réponse est brève. « Pour les salaires bruts jusqu’à 4.000 euros inclus, rien ne change : ils sont indexés normalement », écrit SD Worx dans une note explicative. Dans ce scénario, votre salaire augmente simplement avec le coût de la vie ; vous ne perdez pas de pouvoir d’achat. Ce scénario vaut pour environ la moitié des salariés belges. Le salaire médian pour un temps plein se situe autour de 4.000 euros bruts.

Dans ce cas, vous faites partie de la moitié des Belges pour lesquels l’indexation en centimes aura bel et bien un effet. Les traitements des fonctionnaires sont adaptés par le système de l’indice pivot : chaque fois que le seuil de 2 pour cent est franchi, le traitement augmente. Il y a de fortes chances que l’indice pivot soit dépassé en juin. Sans indexation en centimes, l’ensemble du traitement serait alors augmenté de 2 pour cent en septembre : il passerait de 4.200 euros à 4.284 euros. Avec l’indexation en centimes, l’indexation ne s’applique qu’aux 4.000 premiers euros, et le traitement passe à 4.280 euros. Vous y perdez donc 4 euros bruts par mois.

Vous êtes employé et relevez de la commission paritaire (CP) 200, la plus importante du pays. Environ un demi-million d’employés en relèvent. L’indexation en centimes se fera sentir pour vous en janvier. Pour la CP 200, il est en effet prévu que, pour ces travailleurs, les salaires soient adaptés une fois par an, au passage à la nouvelle année. Nous ne savons pas encore de combien sera l’indexation : cela dépendra de l’inflation au second semestre. Mais partons de l’hypothèse qu’elle atteindra 3,5 pour cent. Sans indexation en centimes, ce salaire passerait alors à 7.245 euros. Avec l’indexation en centimes, les deux premiers points d’indexation sont limités aux 4.000 premiers euros. L’ensemble du montant est ensuite indexé à hauteur des 1,5 pour cent restants. Le résultat s’établit à 7.185 euros. La différence est de 60 euros bruts par mois.

Vous relevez de la CP 111 ou 209. Pour ces travailleurs, le moment annuel d’indexation tombe en juillet. Puisque le dispositif légal relatif à l’indexation en centimes entre en vigueur le 1er juin, ces commissions paritaires figurent parmi les premières à y être confrontées. L’indexation devrait atteindre environ 2,9 pour cent. Le calcul se fait à nouveau comme dans l’exemple précédent : les deux premiers points d’indexation sont limités aux 4.000 premiers euros. Dans ce cas, la différence entre l’ancienne et la nouvelle méthode d’indexation est de 20 euros bruts par mois.