Les élections de 2024 n’étaient-elles donc qu’un accident de parcours pour la gauche en Wallonie ? Le MR y était alors de très loin le premier parti et avait surpris amis comme adversaires avec plus de 28 pour cent des voix. Un an plus tard, lors de L’Enquête nationale 2025, le PS avait déjà comblé son retard. Dans cette édition de L’Enquête nationale, le sondage annuel de De Standaard, VRT NWS et de la RTBF, le PS redevient le premier parti. Mais c’est surtout le PTB qui grimpe, de 11,6 pour cent aux élections à 17,2 pour cent aujourd’hui. C’est même davantage que Les Engagés, à 16,3 pour cent.
Point important : 12,4 pour cent des francophones interrogés ne savent pas encore pour qui ils voteraient si des élections avaient lieu aujourd’hui. C’est pourquoi le graphique ci-dessus affiche une courbe en baisse pour presque tous les partis. De Stemming a aussi demandé à ce groupe d’indécis vers quel parti allait leur préférence. Si l’on convertit cette préférence en vote « réel », le PS n’atteint pas tout à fait 25 pour cent, le PTB obtient 18,6 pour cent et Les Engagés montent à 19,3 pour cent. Mais même ces électeurs potentiels offrent peu de répit au MR. Le parti s’arrête à 20 pour cent.
Le MR perd surtout des électeurs au profit de Les Engagés, mais aussi du parti situé à l’autre extrémité du spectre, le PTB. Si M. Bouchez parvenait encore, en 2024, à convaincre les Wallons qui travaillent que son parti les récompenserait, cette confiance semble s’être érodée.
Autre élément frappant : d’autres questions de L’Enquête nationale montrent que M. Bouchez cerne bien les préoccupations des francophones. Ils se soucient davantage de leur portefeuille que les Flamands. Ils veulent moins d’impôts, accordent moins d’importance au budget public et, si des économies doivent malgré tout être faites, elles doivent porter sur les pouvoirs publics. Ce sont précisément les thèmes que M. Bouchez martèle presque sans arrêt. Pourtant, les électeurs ne suivent pas.
Les francophones n’en connaissent pourtant que trop bien le MR et M. Bouchez. Le parti libéral arrive très largement en tête à la question « Quel parti vous a le plus marqué ces dernières semaines ? » Mais les bonnes nouvelles s’arrêtent là. Car 69 pour cent disent que la présence médiatique du MR leur a laissé une impression négative ; seuls 15 pour cent la jugent positive.
Le MR est le premier parti auquel pensent les francophones lorsqu’il s’agit d’identifier la formation pour laquelle la bonne marche de l’économie importe. Le thème de l’emploi lui reste également associé, même si l’écart avec le PS et le PTB est très mince. Le PS, lui, domine sur la santé et la sécurité sociale.
Plus frappant encore : Les Engagés n’ont aucun thème en propre. Le parti est en revanche très souvent cité en deuxième position. S’il fallait malgré tout lui en attribuer un, ce serait l’enseignement. Or l’enseignement francophone est en grève depuis des semaines contre l’obsession des économies de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Les Engagés ont un « potentiel élevé ». Il s’agit d’électeurs qui peuvent s’imaginer voter pour ce parti. Si tous ceux-là suivaient la formation du président Yvan Verougstraete, elle deviendrait la deuxième force avec 34,7 pour cent (derrière le PS, à 38,5 pour cent). Il est d’ailleurs logique qu’un parti du centre ait un potentiel élevé : il peut attirer des électeurs à gauche comme à droite. Celui du MR est plus faible : 30,6 pour cent.


