Parmi les électeurs du CD&V, 55 pour cent approuvent l’augmentation du budget de la défense à 5 pour cent du PIB ; parmi ceux de Vooruit, ils sont 43 pour cent. Voilà ce qui ressort de De Stemming/l’Enquête nationale, le sondage d’opinion annuel réalisé par De Standaard, VRT NWS et la RTBF. La question a surtout mis au jour une base électorale divisée dans ces deux partis de gouvernement. Dans le même temps, 34 pour cent des électeurs du CD&V n’approuvent pas cette hausse. Chez les électeurs de Vooruit, cette proportion atteint même 46 pour cent.

Le constat est frappant à la lumière de la discussion budgétaire fédérale. Le gouvernement De Wever doit trouver d’urgence 7 milliards d’euros pour remettre un budget en difficulté dans les clous européens. Dans ce cadre, Vooruit comme le CD&V ont de plus en plus clairement les milliards de la défense dans leur viseur.

« Pour moi, les dépenses de défense, c’est de la connerie », a déclaré la semaine dernière le président de Vooruit, Conner Rousseau, dans l’hebdomadaire Humo. « Oui, nous devons dépenser de l’argent pour la défense, mais on peut très bien faire avec un peu moins. »

Auparavant, le vice-Premier Vooruit Frank Vandenbroucke avait déjà indiqué dans De Standaard qu’un ralentissement des dépenses de défense devait être mis sur la table du gouvernement. Le président du CD&V, Sammy Mahdi, s’était lui aussi publiquement montré prêt à freiner. « Si nous ramenions temporairement cet objectif de 2 pour cent du PIB pour l’armée à 1,8 pour cent, cela dégagerait déjà 600 millions d’euros », a-t-il déclaré dans De Morgen.

Pour rappel : après de longues négociations, le gouvernement a promis de porter cette année les dépenses de défense proprement dites à 2 pour cent du PIB. À terme, ce montant doit encore grimper, conformément aux accords de l’Otan, pour atteindre 3,5 pour cent du PIB en dépenses de défense proprement dites, plus 1,5 pour cent pour des dépenses « liées à la défense », soit au total 5 pour cent du PIB. Mais Vooruit et le CD&V remettent donc désormais en question même le seuil des 2 pour cent.

Les deux partis de gouvernement passent ainsi outre l’appel du Premier ministre Bart De Wever (N-VA). La semaine dernière encore, celui-ci qualifiait ces 2 pour cent de « minimum absolu » et de seuil « gravé dans le marbre ». « Les gens qui pensent que l’on peut encore beaucoup économiser là-dessus sont des gens qui ne saisissent pas vraiment la géopolitique », a-t-il lancé avec fermeté au journal de VTM . « C’est la cotisation que vous devez à l’Otan, une organisation qui emploie des milliers de personnes dans notre pays et dont nous dépendons entièrement pour notre sécurité. »

Sur ce point, M. De Wever peut en tout cas compter explicitement sur le soutien du ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés). Ce dernier a récemment souligné à Helsingborg, en Suède, où les ministres des Affaires étrangères des 32 pays de l’Otan étaient réunis, l’importance de ces 2 pour cent pour la crédibilité internationale de la Belgique. Pour M. Prévot aussi, ce chiffre constitue le minimum absolu.

Une grande partie de l’électorat de Vooruit et du CD&V se range donc, selon le sondage, derrière le Premier ministre et son ministre des Affaires étrangères. Il faut toutefois souligner que les personnes interrogées ne se prononçaient pas dans le cadre d’un exercice budgétaire. Un choix explicite entre, disons, des coupes dans la sécurité sociale et des coupes dans la défense aurait pu donner un autre résultat. Quoi qu’il en soit, l’enquête laisse penser qu’il est délicat de faire précisément de ces milliards de la défense un terrain d’affrontement politique, d’autant que 86 pour cent des électeurs flamands estiment que l’Europe doit pouvoir être pleinement autonome sur le plan militaire.